La petite garce dans la prairie de Alison Angrim
Il y a des personnages que l’on adore détester. Nellie Oleson est incontestablement de ceux-là.
Avec ses boucles blondes impeccables, ses robes bien sages et son petit air supérieur, elle a passé des années à martyriser Laura Ingalls sous les yeux indignés de plusieurs générations de téléspectateurs. Et pourtant, derrière cette petite peste devenue mythique se cachait Alison Arngrim, une comédienne qui, des décennies plus tard, a décidé de nous raconter ce qu’il y avait derrière les décors de La Petite Maison dans la prairie.
Et franchement, quelle bonne idée !
Dans La Petite Garce dans la prairie, Alison Arngrim ne nous sert pas une autobiographie bien propre, bien repassée et gentiment consensuelle. Elle ouvre les placards, soulève les tapis et nous raconte sa vie avec une liberté de ton assez réjouissante. Elle parle de son enfance, de sa famille, de son arrivée dans le monde du spectacle, de son immense succès avec Nellie Oleson, mais aussi de blessures beaucoup plus intimes et douloureuses.
Et c'est probablement ce qui m'a le plus séduite dans ce livre : Alison Arngrim écrit sans filtre, mais jamais sans élégance.
Elle peut être mordante, franchement drôle, parfois crue, mais elle ne donne jamais l'impression de chercher le scandale pour le scandale. Elle raconte. Elle assume. Elle balance parfois quelques petites piques — et après tout, quand on a incarné Nellie Oleson, on aurait presque été déçus du contraire ! — mais derrière l'humour, il y a surtout une femme qui a énormément de recul sur son parcours.
C'est évidemment la partie qui fera fondre les fans de La Petite Maison dans la prairie.
Car l'un des grands plaisirs de ce livre consiste à découvrir que la guerre permanente entre Nellie Oleson et Laura Ingalls n'avait absolument rien à voir avec la relation entre leurs interprètes.
Alison Arngrim et Melissa Gilbert, qui incarnait Laura, étaient au contraire très proches. Leur amitié s'est construite alors qu'elles n'étaient encore que des enfants et a survécu bien au-delà de la série. Elles sont même devenues, selon Alison, comme des sœurs.
Voilà qui est assez savoureux quand on repense aux innombrables disputes entre Laura et Nellie !
À l'écran, elles se détestent. Dans les coulisses, elles deviennent copines.
Comme quoi, Hollywood sait parfois écrire de meilleurs scénarios dans la vraie vie que dans les séries…
Et là, les choses deviennent nettement plus croustillantes.
Si Alison et Melissa Gilbert étaient très proches, ses relations avec Melissa Sue Anderson, l'interprète de la parfaite et angélique Mary Ingalls, étaient autrement plus compliquées.
Alison raconte dans ses mémoires une véritable mésentente entre les deux jeunes filles. Elle évoque notamment la distance de Melissa Sue Anderson et les difficultés qu'elle rencontrait pour nouer une relation avec elle. Cette impression de froideur n'était d'ailleurs pas uniquement ressentie par Alison : Melissa Gilbert a elle aussi évoqué, dans ses propres mémoires, la difficulté de cette relation.
Il faut évidemment garder en tête que nous découvrons cette histoire à travers le regard d'Alison Arngrim. Ce sont ses souvenirs, son ressenti, sa version des événements. Mais c'est précisément ce qui rend le livre passionnant : on quitte la jolie carte postale de Walnut Grove pour entrer dans les coulisses d'un tournage où les enfants acteurs avaient leurs propres personnalités, leurs affinités, leurs rivalités et leurs petites histoires.
Et certaines anecdotes sont franchement savoureuses.
Le plus amusant reste sans doute ce décalage entre les personnages et les comédiennes : la petite Nellie, insupportable à l'écran, pouvait parfaitement être adorable dans la vie, tandis que la douce Mary n'était pas nécessairement celle avec laquelle Alison avait le plus envie de passer son après-midi !
Ce qui donne surtout sa profondeur au livre, c'est qu'Alison Arngrim ne se contente pas de nous raconter les souvenirs amusants du tournage.
Son enfance a été marquée par des expériences extrêmement douloureuses, notamment des violences sexuelles. Elle raconte ces événements avec une franchise qui peut parfois être difficile à lire, mais qui donne aussi un tout autre éclairage à son parcours. Le rôle de Nellie, paradoxalement, a pu constituer pour elle un espace de liberté et une manière de prendre une forme de revanche sur ce qu'elle avait vécu.
Et puis il y a la perte de Steve Tracy, son ami proche et partenaire dans la série, qui interprétait Percival Dalton, le mari de Nellie. Steve Tracy est mort du sida en 1986, à seulement 34 ans. Cette disparition a profondément marqué Alison et participe à expliquer son engagement ultérieur dans la lutte contre le sida.
Car derrière l'image de la petite peste blonde se trouve une femme qui a choisi de transformer ses blessures en combat.
C'est sans doute l'un des aspects les moins connus d'Alison Arngrim et pourtant l'un des plus admirables.
Elle s'est engagée très tôt dans la lutte contre le sida, notamment après la disparition de Steve Tracy, à une époque où la maladie était encore entourée de peur, de tabous et de terribles préjugés.
Elle a également consacré une grande partie de son énergie à la défense des enfants victimes de maltraitance. Elle s'est notamment engagée auprès de l'association PROTECT et a participé à des actions visant à renforcer la protection des enfants aux États-Unis.
Et c'est là que le titre du livre prend finalement une dimension assez ironique.
La "garce" de la prairie n'est pas seulement devenue une adulte éloignée du personnage de Nellie : elle a aussi choisi de mettre sa notoriété au service de causes qui lui tenaient profondément à cœur.
Si vous êtes fan de La Petite Maison dans la prairie, vous risquez de dévorer ce livre.
Parce qu'il y a les anecdotes de tournage, les souvenirs de Michael Landon, les coulisses, les relations entre les jeunes acteurs, les retrouvailles, les petites rivalités… bref, tout ce que l'on rêve de savoir lorsqu'une série a bercé une partie de notre enfance.
Mais réduire La Petite Garce dans la prairie à un simple livre de souvenirs de série serait vraiment dommage.
C'est aussi le récit d'une femme qui revient sur une enfance compliquée, sur les blessures qu'elle a dû surmonter, sur les personnes qui ont compté dans sa vie et sur la manière dont elle a réussi à transformer certaines épreuves en force.
Et surtout, Alison Arngrim a une voix.
Une vraie.
Elle écrit avec humour, avec insolence parfois, avec émotion souvent, mais surtout avec une sincérité qui fait mouche. Elle ne cherche pas à se donner le beau rôle. Elle raconte ses souvenirs avec leurs zones de lumière et leurs zones beaucoup plus sombres.
Et finalement, c'est peut-être ça qui rend cette lecture si attachante.
On commence le livre pour retrouver Nellie Oleson.
On le referme avec l'impression d'avoir rencontré Alison Arngrim.
Et ce n'est pas tout à fait la même personne.
Alors, pour une "garce de la prairie", Alison est finalement bien loin d'en être une… Enfin, moi je dis ça, je dis rien !
/image%2F0405183%2F20260823%2Fob_5504cf_71jabaodf3l-sy466.jpg)
/image%2F0405183%2F20260630%2Fob_f07ad8_1a11775f541b135f1e11bf7b96c0aafe.jpg)
/image%2F0405183%2F20260627%2Fob_b885eb_bruno-mars-romantic-tour-tgj.jpg)
/image%2F0405183%2F20260622%2Fob_c144a4_le-roi-lion-1685958653.jpg)
/image%2F0405183%2F20260613%2Fob_eb0aa4_617xycsb9el-sy522.jpg)
/image%2F0405183%2F20260610%2Fob_9aea25_81xz-gytqql-ac-cr0-0-0-0-sx480-sy360.jpg)
/image%2F0405183%2F20260529%2Fob_521b7f_414uuo0pi7l-sy466.jpg)
/image%2F0405183%2F20260515%2Fob_9229dd_61g8cvsx9tl-sy466.jpg)
/image%2F0405183%2F20260508%2Fob_e5423e_f201af7e5a1b0119af9047725a3f2785.jpg)
/image%2F0405183%2F20260416%2Fob_1e8ea9_819k-sfoykl-sy466.jpg)